La fin d’une existence
Mort d’un magicien
Ce fut sans doute la seule fois qu’un magicien se permit un tel langage en public. Cette fois-là, il était réellement emporté, animé d’une sincérité profonde, livrant sans retenue ce qu’il avait en tête. Installé en France depuis l’âge de dix-sept ans jusqu’à sa mort, à soixante et un ans, il était devenu français de cœur et d’esprit.
Mais cette liberté de ton fut mal interprétée. On alla jusqu’à le soupçonner de n’être qu’un personnage insignifiant, oubliant tout ce que son parcours et son engagement artistique avaient apporté au monde de l’illusion.
Le bout du chemin
Hélas, ce magicien s’éteignit peu de temps après la fin de ce siècle, emporté par une pleurésie, comme un simple mortel. Aucun signe céleste n’accompagna sa disparition : le soleil ne se voila pas, aucun cataclysme ne survint. Il faut dire qu’il s’amusait lui-même de ses excès verbaux et que, malgré son apparente conviction, il n’en croyait pas toujours le premier mot.
Il s’agissait d’une manie tenace, poussée à son extrême limite et devenue chronique, sans jamais altérer sa lucidité. On doit toutefois lui rendre justice : cette manie inoffensive n’a en rien terni ses grandes qualités. Il demeura avant tout un homme droit, profondément honnête, et respecté pour son parcours, tel qu’on peut encore le découvrir dans le récit consacré à la disparition d’un illusionniste.
Que le spectacle continue
Même après sa disparition, l’héritage demeure. Son parcours rappelle celui de nombreux artistes de la magie dont le travail dépasse leur propre existence, et interroge la carrière d’un magicien du Puy-de-Dôme. Car, dans cet univers singulier, la transmission compte autant que la performance.
Comme on le dit souvent dans le monde du spectacle, rien ne s’arrête vraiment. Les tours, les récits et les émotions se poursuivent, et le spectacle de magie continue, porté par ceux qui montent encore sur scène pour faire vivre l’illusion.